Expo : Chronique d’un Hôtel Particulier ∙ Une journée au XVIIIe siècle

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Lorsque j’ai appris que le MAD (Musée des Arts Décoratifs à Paris) consacrait une exposition au XVIIIᵉ siècle, et plus précisément à une journée dans un hôtel particulier, je n’ai pas hésité longtemps. Le sujet cochait toutes les cases : une époque que je trouve particulièrement inspirante, un certain art de vivre à la française, et bien sûr la décoration. L’enthousiasme était tel que j’étais prête à m’y rendre deux samedis de suite avant l’ouverture officielle; je me suis trompée dans les dates à chaque tentative ! Mais je vous rassure, c’est chose faite. Et je dois avouer que l’expérience m’a un peu laissée sur ma faim. Peut-être en attendais-je trop, mais je sais que je ne suis pas la seule à avoir ressenti cette légère frustration.

Le principe de l’exposition est pourtant très séduisant : raconter la vie dans un hôtel particulier au fil d’une journée. On passe ainsi de la chambre du matin au cabinet d’étude, du jardin au salon, à la salle à manger…  le parcours s’organise ainsi autour des usages de la maisonnée. On comprend comment les espaces structurent la vie sociale et domestique et comment chaque pièce répond à un rituel précis. L’idée de considérer la maison comme un lieu vivant, habité, rythmé par des horaires et des gestes codifiés, est un parti pris vraiment intéressant.

Par exemple, j’ai apprécié qu’il y ait une partie consacrée au jardin, mais elle m’a semblé beaucoup trop brève. On y rappelle combien posséder un jardin en pleine ville était un privilège, presque une extension symbolique de la maison. Treillages, plantations ordonnées, espaces de promenade : il s’agit de créer un équilibre entre retrait, intimité et sociabilité. Car le jardin n’est pas seulement décoratif, c’est un lieu où l’on reçoit, où l’on se montre, où l’on affirme son goût. J’aurais aimé que ce thème soit davantage développé, car c’est un sujet qui me touche particulièrement.

Je m’attendais également à découvrir plus de textiles. Il y a bien quelques soieries, deux robes intéressantes et une robe de chambre masculine en satin de soie absolument superbe, mais l’ensemble reste limité. Pour une période où l’étoffe est centrale (dans le vêtement comme dans le décor) j’espérais découvrir davantage de matières, de motifs autour des toiles imprimées, notamment celles de Jouy (dont la création de la fabrique date de cette époque).

Même impression du côté de l’art de la table. La salle à manger reconstituée et les pièces d’argenterie marquent la ritualisation du repas, le service à la française, la généralisation de certains usages (comme l’utilisation des couverts dans la haute société) la mise en scène des plats et des convives. J’aurais donc bien aimé voir davantage de compositions et de vaisselle. L’art de recevoir au XVIIIᵉ est un univers en soi, et il méritait peut-être un traitement plus approfondi, mais je peux comprendre que l’organisation des espaces ne permette pas de le faire.

De manière générale, beaucoup de thèmes intéressants sont abordés tels que la domesticité, l’intimité, les rituels du lever, la musique de salon, les loisirs, le jardin… mais chacun est effleuré du bout des doigts sans les explorer en profondeur. Il est vrai qu’il s’agit ici de présenter une « capture » d’une  journée type, donc tout ne peut pas être traité, mais en à peine une heure de visite, on survole une époque d’une grande richesse et complexité trop rapidement. De même, la marque Antoinette Poisson a utilisé une archive du musée (en collaboration) pour créer une petite collection autour d’un très joli motif, mais on n’en parle pas du tout pendant l’exposition et on la retrouve seulement à la boutique du musée. C’est très bien mais où est la cohérence ? D’autant plus que le motif utilisé, la Pagode de la manufacture Dussere est un des plus jolis motifs que j’ai vu ce jour-là… et en sortant de l’exposition ! 

Cela dit, l’exposition a le mérite de replacer les objets dans leur contexte (j’ai beaucoup aimé les petits semainiers et almanachs) et de montrer que derrière l’esthétique du XVIIIᵉ siècle se cache une organisation très précise du quotidien. On comprend mieux la façon d’occuper, d’habiter, et de recevoir, qui continue d’influencer nos intérieurs aujourd’hui. C’est peut-être justement parce que le sujet est si riche que l’on aurait envie d’en découvrir encore plus. 

Au Musée des Arts Décoratifs à Paris, du 18 février au 5 juillet 2026

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