L’exposition Renoir et l’Amour • la Modernité Heureuse se tient actuellement au Musée d’Orsay à Paris. Je vous encourage vivement à vous y rendre pour apprécier cet événement particulier et si spécial, où des œuvres du peintre provenant du monde entier sont réunies pour que nous puissions en profiter. C’est un privilège, un réel bonheur que de découvrir cette exposition.
Celle-ci nous montre comment Renoir s’inscrit dans la naissance de la modernité (entre 1865 et 1885), en s’éloignant progressivement des codes académiques pour inventer une peinture ancrée dans la vie contemporaine, influencée par Courbet et Manet.
Renoir choisit de peindre le quotidien : ses amis, les lieux qu’il fréquente, les loisirs populaires. Il s’intéresse particulièrement aux relations humaines, à l’amitié et à l’amour, qu’il retranscrit avec beaucoup de poésie. Une partie importante de son inspiration vient des scènes de vie bohème, des repas entre amis ou encore de la foule, dans des décors extérieurs, souvent des jardins ou des lieux de fête.
Son style se caractérise par des couleurs vibrantes (mais non criardes) et une attention particulière à la lumière, qu’il maîtrise avec beaucoup de justesse. Il cherche non seulement à raconter une histoire, à saisir un moment de vie, mais aussi à capter une ambiance. On retrouve chez lui une forme de douceur de vivre, presque bucolique, il sait capter les moments de bonheur, la beauté des plaisirs ordinaires. En tant que jardinière amateure, je trouve que ces peintures sont une grande source d’inspiration : un poirier, un pommier en fleurs, un banc bleu inspiré d’un treillage…
Les bords de Seine jouent un rôle central dans son travail, notamment les environs autour de Chatou, à l’ouest de Paris. Ce lieu devient un véritable point d’ancrage pour sa peinture. Le restaurant de la Fournaise (qui existe toujours aujourd’hui), fréquenté par des artistes et des amateurs de canotage, lui offre un cadre idéal pour dépeindre des scènes de vie dans cette atmosphère pastorale. Renoir y observe les loisirs modernes : les déjeuners, les promenades en barque, les moments de détente au bord de l’eau.
Le Déjeuner des canotiers est sans doute l’exemple le plus abouti de cette période. Il y rassemble amis, modèles et connaissances dans une composition où tout semble toujours naturel, où l’on croit presque entendre les conversations et les rires, comme si nous observions nous-même ces personnes. Le cadre de Chatou et de la Fournaise n’est pas anodin : c’est un lieu où les classes sociales se croisent, où les relations sont plus libres, et où Renoir trouve cette fameuse « modernité heureuse ».
Le tableau Danse à Bougival a une résonance particulière pour mois puisque je l’ai découvert pour la première fois il y a de nombreuses années au Museum of Fine Arts de Boston où je vivais à l’époque (une ville qui est restée très chère), et où il est habituellement exposé. Cela m’a fait un petit pincement au cœur de le retrouver face à moi à Paris, et cela a fait remonter de nombreux beaux souvenirs à la surface…
Pour en revenir au maître, outre son talent indéniable, Renoir a également eu la chance de bénéficier du soutien de certains proches, notamment Gustave Caillebotte, qui en plus d’être peintre lui-même, était aussi collectionneur, et mécène de peintres impressionnistes. Cet ami lui achèta plusieurs œuvres à une époque où Renoir peinait encore à vivre de son art. Ce soutien financier et moral jouera un rôle concret dans la poursuite de son travail, dans sa reconnaissance, et de sa renommée.
L’exposition montre un artiste qui n’est pas seulement un peintre de la lumière, mais aussi un observateur attentif de son époque. À travers les scènes de loisirs, les paysages de Chatou ou les réunions amicales à la Fournaise, Renoir retranscrit une vision du monde paisible, où la modernité passe par le plaisir d’être ensemble.
Au Musée d’Orsay, du 17 mars au 19 juillet 2026. Réservation conseillée.


