Cette petite escapade en Bretagne n’était pas du tout prévue. Enfin, pas vraiment. On devait simplement régler quelques affaires sur place, passer deux nuits tout au plus dans la maison familiale et revenir à Paris aussi vite que nous étions partis. Mais avec nous, rien ne se passe jamais vraiment comme prévu ! Et finalement, ce week-end qui n’avait pas grand chose de palpitant sur le papier s’est révélé être l’un des meilleurs que nous ayons passés depuis un bon moment. Comme quoi, il faut toujours faire confiance à l’imprévu et se laisser surprendre (“Go with the flow” est l’une de mes nombreuses devises – j’en ai une pour pratiquement chaque circonstance, ça tombe bien).
Après plus d’un an sans avoir eu le temps de prendre de vraies vacances, je ne pensais pas qu’un simple week-end, prolongé presque par accident, pourrait me faire autant de bien. Je me suis laissée porter tout du long, dans cette région qui m’est si familière… et avec, cerise sur le gâteau, une météo absolument splendide !
Très vite, le week-end a pris une tournure plus intense que prévu – à la fois gourmande et botanique (peut-on rêver meilleure combinaison ? j’en doute fort !). Nous avons retrouvé quelques-uns de nos restaurants préférés, et puis, au hasard des routes, nous en avons découvert de nouveaux. Notamment un charmant restaurant en bord de mer où, faute de pouvoir déguster des langoustines à cause des marées, nous avons savouré une délicieuse lotte snackée. Une adresse idéale, nichée non loin de Pont-Aven, ce village de peintres que nous aimons tant (hors saison, sinon c’est une autre histoire). C’est un lieu qui donne envie de s’attarder, de ralentir, de profiter — et où nous avons de nombreux souvenirs. Puis nous avons continué jusqu’à la Ria d’Étel où l’on s’arrête parfois acheter des chocolats ou des pâtisseries chez Au Petit Prince.
Mais notre plus belle trouvaille fut peut-être cette crêperie authentique, bien ancrée dans les terres et dans son jus. Inutile de préciser que nous y avons dévoré crêpes salées et sucrées, accompagnées de bolées de cidre (nous sommes en Bretagne, ne l’oublions pas).
En quelques jours seulement, nous avons sillonné cette belle région dans tous les sens. Le bord de mer a bien sûr ses charmes indiscutables – cette lumière unique qu’on ne trouve qu’ici, ces petits ports aux barques qui tanguent de façon presque hypnotique, cette atmosphère si typique de la côte… Et pourtant, c’est l’intérieur des terres qui me parle davantage. Sauvage, ancien, un peu oublié parfois, mais d’une beauté saisissante, et doté d’une nature généreuse. Une Bretagne insoupçonnée : médiévale, vallonnée, boisée, minérale, avec ses maisons de pierre encore debout (de plus en plus qui s’écroulent) et toujours si pleines de charme.
Mais un côté moins bucolique émerge, car on trouve de plus en plus de maisons sans que ni tête, des cubes au toit plat qui prolifèrent un peu partout comme des champignons toxiques. Pourquoi laisse-t-on ainsi notre patrimoine se défigurer ? Pourquoi n’apprécie-t-on pas ce qui est beau (et qui peut être simple comme ces belles fermes ou chaumières bretonnes) ? Pourquoi est-ce que l’on ne respecte plus les codes architecturaux de la région et qu’on laisse des petites maisonnettes charmantes tomber en ruines ? Heureusement que les anglais se sont mis à restaurer certaines de ces maisons anciennes…
La Bretagne la plus belle, la plus mystérieuse et la plus sauvage se cache dans les terres. Elle bat son plein le long du Blavet ou du Scorff, dans des villages comme Kernascléden, et tant d’autres aux alentours. Il suffit de quitter les grands axes, de s’enfoncer dans les terres, de suivre un chemin au détour d’un calvaire pour avoir l’impression d’avoir remonté le temps. C’est cette Bretagne-là qui me plaît. Une autre région qui m’évoque la même sensation, c’est le Périgord — où le temps semble s’être arrêté, pour le meilleur.
Je prendrai plus de photos lors d’une prochaine escapade… car cette fois-ci, c’était moi qui conduisais, et mon copilote s’est endormi ! Tant pis, j’ai savouré ma traversée en solitaire, et ça fait vraiment du bien.
Nous avons tiré parti aussi de cette échappée pour retourner à la pépinière de Saint-Ilan, une véritable pépite où l’on déniche toujours des trésors de plantes et d’arbres. Bien sûr, nous sommes repartis le coffre bien rempli ! Jasmin polyanthum, lierre Tear Drop, un superbe Pinus mugo Pumilio (son port est à tomber), Rhamnus frangula Fine Line, Chamaecyparis, et tout un tas d’autres plantes… Il va falloir penser à opter pour un pick-up ou une remorque !
Et puis, comme tout s’imbriquait à merveille, nous avons partagé un déjeuner improvisé avec des amis qui vivent sur place à l’année, au soleil et au bord de l’eau (Bretagne sud, cette fois). J’en ai aussi profité pour tailler les hortensias du jardin, avec un petit pincement au cœur de ne pas être là quand les pommiers seront en fleurs. Heureusement, le poirier nous a offert un petit avant-goût… Et j’ai très hâte de revenir car j’ai envie de redécouvrir d’anciens chemins de terre, des chapelles oubliées, et des lieux où j’accompagnais mon grand-oncle quand il partait pêcher.


